Quel fruit ? au milieu de quoi ?


 

Dans ce passage, Branham ne se contente pas d’interpréter la Genèse : il recompose la scène pour la faire entrer dans sa doctrine. On observe au moins deux déformations majeures, qui servent toutes deux le même objectif : faire glisser le récit vers une lecture sexuelle.

1) Branham prête à Satan les paroles… d’Ève

Branham affirme que “le diable… a parlé du fruit qui était au milieu” puis qu’il a dit : “c’est agréable, c’est bon à regarder”. Or, dans le texte biblique, ce n’est ni le diable ni même le serpent qui formulent cette phrase. C’est Ève elle-même, lorsqu’elle rapporte l’interdiction donnée par Dieu :

« Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. »

Genèse 3:1-3

Ainsi, Branham déplace le locuteur : il transfère au “diable” une expression qui appartient au discours d’Ève (et plus loin, à sa perception de l’arbre). Cette substitution n’est pas neutre : elle permet de présenter Satan comme celui qui “introduit” le thème, alors que la Bible montre d’abord Ève en train de citer l’ordre de Dieu.

2) “Le fruit au milieu” : un glissement calculé

Branham parle du “fruit qui était au milieu”, puis insiste sur “le milieu = le centre”, en ajoutant une remarque insinuante (“vous me comprenez, on est dans une assemblée mixte…”). Mais la Bible n’enseigne pas qu’un “fruit” serait “au milieu”. Le texte est précis :

« Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. »

Genèse 3:3


Le “milieu” ne qualifie donc pas un fruit isolé : il situe l’arbre (“l’arbre qui est au milieu du jardin”). Branham retire volontairement le mot arbre, et en disant “le fruit qui était au milieu”, il crée une expression plus vague, plus suggestive, plus facilement détournable.

Autrement dit :

Texte biblique : un arbre au milieu du jardin, dont on ne doit pas manger le fruit

Branham : un “fruit du milieu” (expression propice au sous-entendu)

3) La Bible met l’accent sur manger, pas sur une insinuation sexuelle

Le récit biblique ne laisse pas “le milieu” flotter dans l’ambiguïté : il encadre la scène par le vocabulaire de l’ordre et de sa transgression. Dieu a donné un commandement clair :

« L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »

Genèse 2:16-17

Et Ève, lorsqu’elle parle au serpent, reprend le même cadre : manger / ne pas manger.

4) De quel arbre s’agit-il ? Le texte l’identifie

Genèse 3:2-3 n’est pas une interdiction “mystérieuse” : elle fait directement écho à Genèse 2:16-17. La comparaison le montre :

« L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin;

mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »

Genèse 2:16-17 - Bible Segond 21

« La femme répondit au serpent: Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.

Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit: Vous n'en mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne mouriez. »

Genèse 3:2-3 - Bible Segond 21

Il s’agit donc bien de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, décrit comme un arbre du jardin, situé “au milieu” (avec l’arbre de vie également mentionné “au milieu” en Genèse 2:9). Rien n’autorise à transformer cette localisation en sous-entendu sexuel.

Conclusion

La manœuvre de Branham apparaît clairement :

il attribue au diable des paroles qui, dans la Bible, sont prononcées par Ève (et non par Satan) ;

il remplace “le fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin” par “le fruit qui était au milieu”, ce qui permet d’introduire une insinuation (“vous me comprenez, on est dans une assemblée mixte…”) ;

puis il injecte l’idée étrangère au texte : “il a fait l’amour à Ève”.

Ce n’est pas la Genèse qui mène à cette conclusion : c’est une doctrine préconçue qui reformate la Genèse pour y trouver ce qu’elle ne dit pas.