La théorie de l'évolution


 

Cette déclaration est choquante, non seulement par ce qu’elle affirme, mais surtout par la méthode : Branham reprend une idée évolutionniste issue du XIXe–XXe siècle (“le chaînon manquant”) et la détourne en y insérant un personnage de sa fabrication : un serpent humanoïde, supposé faire le lien entre le chimpanzé et l’homme. Ce “serpent” devient ensuite la pièce maîtresse permettant d’introduire une lecture sexuelle de la chute.

Or, le problème n’est pas seulement scientifique : il est textuel. La Genèse ne présente jamais le serpent comme un “intermédiaire” entre l’animal et l’homme. Elle le présente comme un animal des champs. Autrement dit : Branham ne tire pas sa thèse du récit biblique; il pose une grille étrangère au récit, puis force la Genèse à entrer dedans.

1) La Bible distingue les “chairs” et nie l’idée de transitions

« puis Dieu lui donne un corps comme il lui plaît, et à chaque semence il donne un corps qui lui est propre. Toute chair n'est pas la même chair; mais autre est la chair des hommes, autre celle des quadrupèdes, autre celle des oiseaux, autre celle des poissons. »

1 Corinthiens 15:38-39

Ce passage souligne une vérité simple : il existe une distinction entre l’homme et les animaux. Paul n’énonce pas une continuité biologique où l’un se transforme en l’autre ; il insiste sur la diversité des “chairs” et sur l’ordre voulu par Dieu. Cela contredit la logique de Branham, qui a besoin d’un être hybride “entre” deux catégories pour faire passer son récit.

2) Genèse 1 enseigne : animaux “selon leur espèce”, puis l’homme “à l’image de Dieu”

« Dieu fit les animaux de la terre selon leur espèce, le bétail selon son espèce, et tous les reptiles de la terre selon leur espèce. Dieu vit que cela était bon. Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. »

Genèse 1:25-27

Le texte ne laisse pas la place à un “chaînon” :

  1. les animaux sont créés selon leurs espèces ;
  2. l’homme est créé à part, “à l’image de Dieu”. (Confirmation en Actes 17:29).

fosse

L’homme n’est pas présenté comme un animal “plus avancé”, mais comme une création distincte, placée en position de domination sur les animaux. C’est précisément ce que Branham doit contourner pour pouvoir installer un serpent quasi-humain apte à “traiter” avec Ève.

3) La Genèse qualifie le serpent : un animal des champs

« L'Eternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme...
Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs...
L'Éternel Dieu dit au serpent: Puisque tu as fait cela, tu seras maudit entre tout le bétail et entre tous les animaux des champs... »

Genèse 2:19; 3:1; 3:14

Le texte est lourd de répétitions : animal des champs (deux fois), et classé parmi le bétail / les animaux. La Genèse ne le présente ni comme “personne”, ni comme créature intermédiaire, ni comme être humanoïde. Branham, lui, remplace cette classification biblique par une reconstruction imagée (“grand gaillard”, “géant préhistorique”, “entre le chimpanzé et l’homme”), qui appartient au registre de la spéculation.

4) Branham se contredit : il affirme l’incompatibilité homme/animal… puis construit un hybride “compatible”

Ici, Branham reconnaît lui-même une idée simple : l’homme et l’animal ne se mélangent pas. Mais alors, pourquoi inventer un “serpent” placé entre chimpanzé et homme ? Justement parce que sa doctrine a besoin d’une créature ni tout à fait animal, ni tout à fait humain, afin de rendre “plausible” ce que la Bible ne dit jamais.

Autrement dit : quand la Bible ferme la porte, Branham change le décor.

5) Le “grand gaillard” : une mise en scène hors Écriture

Creature from the Black Lagoon (1954)
Creature from the Black Lagoon (film, 1954)
Créature imaginaire de Branham (1958)
Créature imaginaire de Branham (1958)

La formulation même révèle la dérive : “faire son portrait”, “grand gaillard”, “large d'épaules”, “personne”, “compatible”, “traiter avec”. Ce vocabulaire ne vient pas du récit biblique : il sert à construire une scène, à installer une figure quasi humaine, puis à la rendre fonctionnelle pour la doctrine.

Or la Bible ne décrit pas le serpent par sa taille, ses épaules, sa prétendue humanité. Elle le classe. Et cette classification suffit : animal des champs.

6) L’homme n’est pas issu d’un animal : il est formé de la poussière

« L'Eternel Dieu façonna l'homme avec la poussière de la terre. Il insuffla un souffle de vie dans ses narines et l'homme devint un être vivant. »

Genèse 2:7

Le texte donne la “matière première” de l’homme : la poussière, et la source de sa vie : le souffle de Dieu. Rien n’indique une continuité animale. Branham, en parlant de croisements et de “qualité de sang”, impose une logique étrangère au passage.

Conclusion

Branham emprunte au langage évolutionniste un motif commode (“le chaînon manquant”) et l’instrumentalise pour fabriquer un serpent humanoïde, supposé être “entre” l’animal et l’homme. Mais la Genèse ne le présente jamais ainsi : elle le présente comme un animal des champs, créé, nommé, et jugé dans la catégorie des animaux.

En réalité, ce “serpent grand gaillard” n’est pas une découverte biblique : c’est une construction doctrinale. Et plus le texte biblique résiste, plus Branham doit ajouter des détails… qui ne viennent pas de l’Écriture.

Réflexion

1) Sur l’évolution et l’erreur de Branham

Branham révèle ici une méconnaissance évidente de ce que dit réellement la théorie de l’évolution. Les évolutionnistes n’enseignent pas que l’homme descend du chimpanzé contemporain (celui que l’on voit au zoo), ni d’un “singe actuel”. Ils soutiennent plutôt que l’homme et les grands singes partagent un ancêtre commun, à partir duquel se sont développées deux lignées distinctes : l’une conduisant aux chimpanzés, l’autre conduisant à l’homme. Ce n’est donc pas “le singe qui devient homme”, mais deux branches qui se séparent — ce qui est très différent. Ça infirme branham qui disait « La personne qui manque entre le chimpanzé et l'homme, c'est le serpent ».

2) Aucun “pont” singe → serpent

De plus, même dans un cadre évolutionniste, l’idée d’un singe “qui évoluerait en serpent” n’a aucun sens : ce sont des groupes radicalement différents. Et, du point de vue biblique, l’argument est encore plus direct : le singe (animal terrestre) et le serpent ont été créés chacun selon son espèce. Il n’existe donc aucun “pont” naturel ou scripturaire permettant de faire du serpent un intermédiaire entre l’animal et l’homme.

3) L’homme n’est pas “assorti” aux animaux

La Genèse pose explicitement une frontière entre l’homme et les animaux :

« L’homme imposa des noms à tous les animaux qui paissent, aux oiseaux du ciel, à toutes les bêtes sauvages; mais pour lui-même, il ne trouva pas de compagne qui lui fût assortie. »

Genèse 2:20 - Bible du Rabbinat Français Zadoc Kahn

Autrement dit, l’ordre créé manifeste une incompatibilité : l’homme ne trouve pas son correspondant dans le monde animal. C’est justement pourquoi Ève est formée à partir de l’homme (et non d’un animal) : elle est “os de ses os, chair de sa chair” (Genèse 2:23). Le récit souligne ainsi que la femme est la compagne appropriée de l’homme, parce qu’elle participe à la même nature humaine, et non à une nature animale.


4) Des créations achevées, pas des brouillons à “corriger”

Enfin, la chronologie même du récit biblique rend absurde l’idée d’une évolution des animaux vers l’homme : lorsque Dieu crée les animaux, l’homme n’existe pas encore. Les animaux sont présentés comme des œuvres achevées, “selon leurs espèces”. Un chimpanzé est une création complète — tout comme un canard mandarin — et non un brouillon en attente de “devenir autre chose”.

Dès lors, prétendre que l’animal évoluerait vers l’homme revient à suggérer que l’œuvre de Dieu aurait besoin d’être rectifiée ou améliorée par un processus autonome. Or le texte va dans le sens inverse : Dieu crée, constate que cela est bon, et l’homme est ensuite créé à part, à l’image de Dieu. Attribuer au singe ou au serpent une trajectoire vers le modèle humain revient à brouiller cette distinction fondamentale, et à nier la séparation voulue entre l’homme (créé à l’image de Dieu) et l’animal (créé selon son espèce).