Typhon

Dans le cadre de son parallèle « Horus / Jésus », Peter Joseph affirme : « Suite à la trahison de typhon, Horus fut crucifié ». Or, deux problèmes se posent immédiatement.

  1. D’abord, la crucifixion est une forme d’exécution historiquement associée au monde gréco-romain ; on ne trouve pas, dans les sources égyptiennes, un récit où Horus serait « crucifié ».
  2. Ensuite, Typhon est un nom et une figure relevant de la mythologie grecque (souvent utilisé par des auteurs grecs comme équivalent de Seth), et non un personnage tel quel du mythe égyptien dans sa forme originelle ; le vocabulaire et le cadre ne sont donc pas ceux des textes égyptiens.

Le contraste est d’autant plus frappant que, dans l’introduction de ce parallèle, Zeitgeist affiche « 3000 ans avant Jésus » (3000 BC) en bas à gauche. Voir l’image ci-dessous.

À 16m05s Zeitgeist avait précisé qu'Horus était le dieu soleil autour de l'an 3000 avant Jésus :

Zeitgeist : -3000 | 7s

Par conséquent, il s’agit d’une confusion supplémentaire, un anachronisme : Typhon est une figure du panthéon grec, et son usage est postérieur aux récits égyptiens concernant Horus.

Les deux sources sont postérieures au mythe d'Horus :

  1. La Théogonie est une œuvre du poète grec Hésiode (VIIIe siècle av. J.-C.) (Voir source ici)
  2. Les Hymnes homériques sont une collection de trente-quatre courts poèmes épiques..., leur époque de rédaction (entre le VIIe siècle av. J.-C. et le IVe siècle de notre ère). (Voir source ici)

Donc :

  • vers 3000 av. J.-C. Horus
  • ≈ 22 siècles s’écoulent
  • VIIIe siècle av. J.-C. Typhon dans la Théogonie
  • VIIe–IVe siècles av. J.-C. Typhon dans les Hymnes homériques

La référence à Typhon relève donc d’un cadre grec, nettement plus tardif. À partir de l’époque classique (notamment autour du Ve siècle av. J.-C.), on rencontre des formes de syncrétisme gréco-égyptien, dans lesquelles des auteurs grecs identifient parfois Typhon à Seth — Typhon fonctionnant alors comme l’équivalent grec, et non comme un personnage égyptien d’origine.


L’Encyclopædia Universalis indique que des auteurs tardifs ont assimilé (ou confondu) Typhon avec le dieu égyptien Seth.

Dès lors, si Typhon appartient au cadre de la mythologie grecque et n’est rapproché de Seth que dans un contexte tardif de syncrétisme, il devient difficile de soutenir l’idée d’une « trahison de Typhon » dans un récit égyptien concernant Horus : on est face à une identification ultérieure, et non à un personnage égyptien originel agissant dans ce mythe.

Peter Joseph le sait très bien. Ce n'est pas pour rien qu'il n'a pas écrit ce qu'il a dit verbalement dans sa liste « Suite à la trahison de Typhon, Horus fut crucifié ». Voir encadré jaune dans l'image en haut de la page. Pourquoi n'a-t-il pas pu fournir une référence ou une source ?

Enfin, même en remplaçant Typhon par Seth, la notion de « trahison » ne tient pas : dans les récits, Seth et Horus ne sont pas présentés comme des alliés ou des proches dont la relation serait rompue par une trahison. Ils sont plutôt en opposition et en conflit, dans une rivalité ouverte, ce qui ne correspond pas au schéma narratif d’une trahison.

Ainsi, on est loin d’une trahison au sens biblique — celle de Judas envers Jésus, qui suppose une proximité et une relation de confiance rompue — : le conflit Seth/Horus relève plutôt d’une rivalité ouverte, et ne peut donc servir de parallèle.