Pas d'étoile à l'Est pour Krishna

🏖️ Moment détente : On lit à l'Est, et on entend à l'Ouest :) | 06s

Il est reconnu que Peter Joseph a comme source principale le livre d'Acharya S intitulé « The Christ Conspiracy », et en a fait une adaptation vidéo avec Zeitgeist. Peter Joseph et Dorothy Murdock (Acharya S) ont ensuite co-signé un ouvrage de sources intitulé The Zeitgeist Sourcebook – Part 1. »



The Christ Conspiracy, page 85

À nouveau cette assertion de « Zeitgeist » n'est pas étayée par une source historique hindoue. Il s'appuie juste sur le livre mythiste moderne, qui lui ne comporte pas non plus de renvoie vers une source.

Thomas Doane

J'ai voulu regarder dans le livre "Bible myths..." de Thomas Doane, cité par Acharya S sur d'autres points. Pour voir si il relatait l'histoire d'une étoile à l'Est annonçant la naissance de krishna. La réponse est Non. Cependant en tant que membre de la secte mythiste, il avait tenté de construire une approche :



Bible myths, and their parallels in other religions, page 278


Donc, l’auteur du livre Bible myths, and their parallels in other religions (p. 278) affirme, à propos de Krishna, que sa naissance aurait été annoncée “dans le paradis” par son étoile. Or, même en suivant sa propre note, on constate que les éléments qu’il invoque ne racontent pas du tout cela : la scène décrite se déroule après la naissance, et repose sur des pratiques astrologiques et de chiromancie, sans “étoile annonciatrice” comparable à celle des Mages.

Ce propos renvoie à une note : Hist, Hindostan, vol. ii pp. 317 and 336.

Il s’agit des pages 317 et 336 du volume 2 du livre de Thomas Maurice intitulé « History of Hindostan » (1798) (Consultable ici)

Voici ces 2 citations :



Ce passage ne dit nulle part qu’une étoile “à l’Est” aurait annoncé la naissance de Krishna. Il décrit au contraire un personnage nommé « NARED » qui, peu après la naissance (“Soon after the birth”), ayant entendu parler de l’enfant, se rend à Gokul et procède à des vérifications : examen des astres, consultation d’horoscope, et même lecture de la main de Krishna (chiromancie).

On notera au passage que la Bible condamne ce type de pratiques divinatoires (Deutéronome 18:10–11). Ici, il est question d’un “prophète” au sens de Maurice, pas de “mages”, et encore moins de “trois rois mages” comme le popularise Zeitgeist. Personne, dans les Évangiles, ne “lit la main” de Jésus. Enfin, le décor lui-même n’a rien de comparable : Gokul (Inde) n’est pas Bethléem (Israël).



Dans ce second extrait, Maurice raconte que Nanda souhaite qu’on donne un nom à l’enfant : Nared “calcule l’horoscope”, attribue des noms, puis “jette les yeux” sur les astres de Krishna et conclut que l’enfant n’est pas le fils de Nanda, mais celui de Vasudeva et Devaci.

Là encore, on est très loin du récit évangélique : dans Luc 1:31, le nom n’est pas “cherché” ni déduit d’un horoscope, il est annoncé avant même la naissance par l’ange (“tu l’appelleras Jésus”). Autrement dit, dans le christianisme, il s’agit d’une décision révélée, pas d’un calcul astrologique. Le parallèle ne fonctionne donc pas : on compare une démarche de type horoscope/présages à une annonce présentée comme divine et préalable.

Et un dernier point achève de fragiliser l’argument : Maurice indique (voir p. 323) que ce récit s’appuie sur le Bhāgavata Purāṇa, un texte généralement considéré comme tardif (souvent daté autour du IXe–Xe siècle). Même sans trancher au millimètre la datation, cela signifie qu’on est des siècles après les textes du Nouveau Testament : ce n’est pas un matériau “préchrétien” permettant de soutenir l’idée d’une imitation chrétienne.

C’est toujours le même problème : dès qu’on remonte aux sources invoquées, les parallèles s’évanouissent — on obtient soit des récits différents dans leur structure, soit des éléments tardifs, soit des comparaisons rhétoriques (comme celle de Maurice) qui ne prouvent pas une dépendance historique.