Pas de crucifixion ou de résurrection d'Attis
Plusieurs mythes d’Attis
Concernant Attis, c’est un peu comme pour Horus : il n’existe pas une version unique, mais plusieurs récits qui ont évolué et se sont diffusés. Cette expansion a contribué à l’essor du culte d’Attis en Asie Mineure (Phrygie), en Grèce du Nord (à partir du IIIᵉ siècle av. J.-C., notamment en Macédoine), puis à Rome. (Source)
Mythe de Phrygie
Sans citer la moindre source à l’appui, Peter Joseph affirme (via Zeitgeist) qu’Attis, né de Nana en Phrygie, aurait été crucifié puis ressuscité.
Or ces affirmations se retournent contre lui : dans le mythe phrygien, Attis, après une forte perte de sang, agonise sous un pin… jusqu’à être transformé en cet arbre.
Ce récit phrygien est rapporté par Arnobe (IIIᵉ siècle), qui s’appuie sur le témoignage de Timothée l’Eumolpide. Mais il existe des variantes. Pausanias (IIᵉ siècle après Jésus-Christ) rapporte une version différente :
On le voit clairement : dans ces deux versions phrygiennes, Attis n’est ni crucifié, ni ressuscité.
- Dans la première, Attis frappé de folie s’émascule, puis après cette castration, Cybèle le métamorphose en pin. Il est donc question d’une transformation, pas d’une “résurrection” au sens d’un retour à la vie.
- Dans la seconde, à la suite du sang versé par sa castration (d’où naissent des violettes), Agdistis/Cybèle implore Zeus de ramener Attis à la vie, Zeus refuse et n’accorde qu’une concession minimale : son corps demeure figé dans un état quasi végétatif, où seuls ses cheveux continuent de pousser et son petit doigt de bouger.
Nous sommes donc à l’opposé du récit chrétien, où Jésus meurt d'une crucifixion, puis triomphe totalement de la mort (2 Timothée 1:10), apparaît à ses disciples après sa résurrection, dialogue avec eux, et partage même un repas (pain et poisson), signe d’une vie retrouvée pleinement consciente et incarnée.
Peter Joseph omet également un point essentiel : dans l’Antiquité tardive, ce serait plutôt Attis qui a été reconstruit sur un modèle chrétien — et non l’inverse.
Donc non : le récit de Jésus chez les auteurs chrétiens n’a rien d’une reprise du mythe phrygien d’Attis. L’idée inverse relève surtout de la propagande de certains opposants du christianisme.
Remarquons aussi qu’il est absurde de comparer la mort mythologique d’un personnage « homme-pomme-de-pin », au ton presque fabuleux, avec la mort historiquement attestée d’un homme exécuté selon une pratique romaine bien documentée. Les crucifixions romaines sont reconnues par les historiens, et elles n’ont évidemment pas commencé avec Jésus.
C’est d’ailleurs ce qui met en lumière l’absurdité de certains raisonnements mythistes : faire de la crucifixion de Jésus une « reprise » de parallèles imaginaires ne tient pas. Le jour même de l’exécution de Jésus, plusieurs personnes sont crucifiées. Alors quoi : les deux brigands auraient-ils été crucifiés par les Romains… ou auraient-ils « copié » Attis, qui, lui, n’est même pas crucifié ? On voit bien le caractère bancal — et franchement ridicule — d’un tel argument.
Remontons à la source
On l’a vu : le mythe phrygien ne parle ni de crucifiement ni de résurrection d’Attis. D’où Peter Joseph tire-t-il alors cette idée ?
Sans surprise, on remonte rapidement au livre The Christ Conspiracy, qui relaie précisément ce scénario fantaisiste :
Le problème, c’est que l’autrice fait preuve de malhonnêteté en dénaturant une citation qu’elle reprend chez Doane. Comparez (dans la citation qu'on vient de voir au-dessus) ce qui est souligné en rouge avec ce qui est en bleu : à propos du culte d’Attis chez les Phrygiens, Doane écrit qu’il est représenté comme un homme attaché à un arbre — “He was represented by them as a man tied to a tree.” On parle donc d’une représentation, pas d’une personne réelle ; attaché, et non crucifié. Or l’autrice (Acharya S) transforme cela en : “he was crucified on a tree.”
La suite chez Doane est tout aussi problématique. Il évoque au mieux une possibilité qu’il ait été cloué à un arbre, en s’appuyant sur Lactantius (Lactance en français), qui fait dire à Apollon de Milet : “... he suffered a death made bitter with nails and stakes.” (Il a subi une mort amère, faite de clous et de pieux.)
Mais les écrits de Lactance datent de la fin du IIIᵉ siècle, début du IVᵉ siècle après Jésus-Christ. Cela exclut l’idée que des auteurs chrétiens auraient copié un récit antérieur décrivant déjà Attis comme “crucifié”.
D’ailleurs, une question se pose : Attis est-il réellement le “crucifié” dont parle Lactance ? Acharya S rapporte-t-elle fidèlement ce que la source dit ?
⌕ Suivons la piste indiquée par Doane. La citation renvoie à une référence en chiffres romains : ccxlvi. Doane, 190-1, qui nous conduit aux pages 190 et 191 de l’ouvrage de Thomas Doane (auteur acquis à la thèse mythiste), publié en 1882 : Bible Myths, and their Parallels in Other Religions :
Voyez où nous conduit cette source mentionnée :
La note n°2 du livre de Doane nous conduit à la page 544, du 1er Volume du livre « anacalypsis » du franc-maçon Higgins Godfrey. Qui lui, fait une citation de Lactantius :
Remarquez qu'Attis n'est pas mentionné. Voyez plutôt par vous-mêmes le contexte de ce passage, et donc, de qui parle réellement Lactantius. Le passage en latin et en grec cité dans la note au-dessus, est reconnaissable dans le texte ci-dessous (je le met en noir) :
| Texte latin | Traduction française |
|---|---|
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CAPUT XIII.
De Jesu Deo et homine; atque de eo prophetarum testimonia.
Item David in psalmo XLIV: Thronus tuus Deus in saecula saeculorum: virga aequitatis, virga regni tui. Dilexisti justitiam, et odio habuisti injustitiam: propterea unxit te Deus, Deus tuus oleo exultationis. Quo verbo etiam nomen ostendit: siquidem (ut supra docui) ab unctione appellatus est Christus. Deinde hominem fuisse eumdem, Hieremias docet, dicens: Et homo est; et quis cognovit eum? Item Esaias: Et mittet eis Deus hominem qui salvabit eos, et judicans sanabit eos. Sed et Moyses in numeris ita loquitur : Orietur stella ex Jacob, et exurget homo ex Israel. Propterea Milesius Apollo consultus, utrumne Deus, an homo fuerit, hoc modo respondit:Θνητὸς ἦν κατὰ σάρκα, σοφὸς, τερατώδεσιν ἔργοις, Ἀλλ' ὑπὸ χαλδαίων ὅπλοις συναλωθεὶς, Γόμφοις καὶ σκολόπεσσι πικρὴν ἀνέτλησε τελευτήν. |
XIII.
Voici encore ce que David en dit dans le psaume quarante-quatrième: « Votre trône, ô Dieu, sera un trône éternel, et le sceptre de votre empire sera un sceptre d'équité et de justice. Vous aimerez la justice et haïrez l'iniquité; c'est pourquoi le Seigneur votre Dieu vous oindra d'une huile de joie, en une manière plus excellente que tous ceux qui participeront à votre gloire. » Par le mot d'onction, il désigne son nom de Christ. Le prophète Jérémie déclare qu'il est homme, quand il dit: « Il est homme, et qui est-ce qui l'a connu? » Isaïe dit : » Dieu leur enverra un homme et les sauvera, et il les guérira en les jugeant. » Moïse dit dans le livre des Nombres: « Une étoile se lèvera de Jacob, et un homme sortira d'Israël. » Quelqu'un ayant consulté Apollon de Milet, et lui ayant demandé si Jésus-Christ était Dieu ou homme, il répondit de cette sorte: « Il était sujet à la mort selon sa nature d'homme, mais il faisait des miracles par sa puissance divine. » |
| Source | |
Ce texte fait incontestablement référence à Jésus-Christ. Au chapitre XIII (intitulé en latin « De Jesu Deo et homine »), Lactance parle de Jésus-Christ : il le présente comme le « Docteur de la justice » envoyé du ciel par le Dieu suprême, et insiste sur le fait qu’il est à la fois Dieu et homme (Fils de Dieu selon l’esprit, fils de l’homme selon la chair). Dans ce chapitre, il enchaîne ensuite des témoignages prophétiques (Isaïe, Jérémie, David, Moïse, etc.) pour appuyer cette thèse
Attis le phrygien n'a aucun lien avec ce texte et contexte, seul Jésus de Nazareth est concerné. Et comme si ce n'est pas suffisant, les chapitres précédents ainsi que les suivants mentionnent le nom de Jésus, et même sa crucifixion.
Aussi, dans la note d'« Anacalypsis » ^^, il y avait marqué à la fin : See also Euseb. Demons. Ev. iii. Cap. viii. p. 134.
Il s'agit d'Eusèbe de Césarée, et de son ouvrage « Démonstration évangélique, livre 3 » qui nous parle de Jésus, de sa mort, de sa résurrection.
Par conséquent, il y a bien eu fraude de la part des opposants du christianisme.
Cette dénaturation des faits par Acharya S n'est pas un cas isolé. Vous verrez un autre exemple, par la suite. Peter Joseph sous l'habillage de « Zeitgeist », vous fait en réalité une lecture du livre « The Christ Conspiracy ». Il n'est pas neutre, c'est un adepte de la thèse mythiste. Tout comme les lucifiériens Albert Pike, Helena Blavatsky, Gerald-Massey et autres membres du cercle, sa vocation n'est pas de vous conduire vers la vérité, mais de vous en séparer.
Résumé
Zeitgeist dit qu'Attis a été crucifié sans forunir aucune source, il reprend ce que disait « The Christ Conspiracy, page 78 »
- « The Christ Conspiracy, page 78 » donne cette référence : ccxlvi
- L'index à la page 311 identifie celle-ci (ccxlvi) comme suit : Doane, 190-1
- Il s'agit des pages 190 et 191 du livre de Thomas Doane : « Bible myths, and their parallels in other religions »
- La note n°2 de la page 191, renvoie à la page 544, du Volume 1 « d'Anacalypsis »
- La Note contenue en page 544 du Vol 1 d'Anacalypsis renvoie à Lactance - « Lucius Caecilius Fimianus LACTANTIUS, Livre IV, Chapitre XIII » où il est question de Jésus, de sa mort, des ses miracles, de sa divinité, etc.
Conclusion
Vous voyez, pas une seule source phrygienne ne vous a été fournie. Dès qu'on remonte la piste, Attis disparaît, plus de mention de lui. Peter Joseph répète ce qu'a écrit une mythiste (Acharya S), celle-ci a repris et cité un autre mythiste (Thomas Doane), qui lui, cite un franc-maçon (Godfrey Higgins) dont la note renvoie à Lactance.
Combien ont cru Peter Joseph sans avoir remonté la piste ?
Ils sont partis de Jésus pour construire un parallèle contre lui.